Résumé de mon passage dans la « Division Daguet » Point de départ de cette guerre : l'invasion du Koweït par l'Irak à partir du 2 août 1990. Départ des éléments du 6° R.C.S début septembre 1990 pour l’Arabie Saoudite après une préparation express des hommes (paquetages/armements) et du matériels (peinture sable des véhicules réalisée en un temps record). A ce moment-là, je suis 1° classe et en formation d’auxiliaire-sanitaire à Dinan dans les Côtes d’Armor. Fin de la formation au cours de la deuxième quinzaine de septembre. En rentrant au régiment, je suis convoqué par mon commandant d’escadron pour faire un compte- rendu de ma formation puis il m’informe que je vais partir en Arabie Saoudite en renfort à une date non- définie et que je serais chauffeur P.L sur GBC 8KT citerne. Les semaines suivantes sont mises à profit pour me former à l’utilisation des citernes (utilisation, consignes de sécurité, etc…), à la conduite (le GBC étant en vitesse inversée et plus habitué aux « P4 ») car au 6° R.C.S, je suis circulateur (6° E.C.T, 1° peloton « circu ») et dernier week-end de 72H en famille avant le départ pour environ 6 mois. Le 01/11/1990, je suis transféré avec paquetage et armement au 1° R.E.C de Laudun pour rejoindre une de leurs compagnies qui part pour le Golfe le 03 novembre vers 20 h de Marignane où il fait froid (baptême de l’air en Boeing 747) et un mistral à « décorner tous les cocus de la Terre ». Nous arrivons à Djeddah le 04/11 vers 03 ou 04 h du matin (heure locale) et nous prenons un coup de massue en descendant de l’avion à cause de la chaleur humide et étouffante. Vers 08 h, nous montons dans les bus qui nous emmènent à Yanbu... Lire la suite
Résumé de mon passage dans la « Division Daguet »
Point de départ de cette guerre : l'invasion du Koweït par l'Irak à partir du 2 août 1990.
Départ des éléments du 6° R.C.S début septembre 1990 pour l’Arabie Saoudite après une préparation express des hommes (paquetages/armements) et du matériels (peinture sable des véhicules réalisée en un temps record). A ce moment-là, je suis 1° classe et en formation d’auxiliaire-sanitaire à Dinan dans les Côtes d’Armor. Fin de la formation au cours de la deuxième quinzaine de septembre.
En rentrant au régiment, je suis convoqué par mon commandant d’escadron pour faire un compte- rendu de ma formation puis il m’informe que je vais partir en Arabie Saoudite en renfort à une date non- définie et que je serais chauffeur P.L sur GBC 8KT citerne. Les semaines suivantes sont mises à profit pour me former à l’utilisation des citernes (utilisation, consignes de sécurité, etc…), à la conduite (le GBC étant en vitesse inversée et plus habitué aux « P4 ») car au 6° R.C.S, je suis circulateur (6° E.C.T, 1° peloton « circu ») et dernier week-end de 72H en famille avant le départ pour environ 6 mois.
Le 01/11/1990, je suis transféré avec paquetage et armement au 1° R.E.C de Laudun pour rejoindre une de leurs compagnies qui part pour le Golfe le 03 novembre vers 20 h de Marignane où il fait froid (baptême de l’air en Boeing 747) et un mistral à « décorner tous les cocus de la Terre ».
Nous arrivons à Djeddah le 04/11 vers 03 ou 04 h du matin (heure locale) et nous prenons un coup de massue en descendant de l’avion à cause de la chaleur humide et étouffante. Vers 08 h, nous montons dans les bus qui nous emmènent à Yanbu à 337 kms de Djeddah où nous percevront nos véhicules qui arrivent par bateau 2 ou 3 jours plus tard (délai utilisé pour s’adapter aux conditions climatiques locales).
Départ de Yanbu vers C.R.K (ou K.K.M.C suivant les préférences) le 07ou 08/11. Au bout de quelques kilomètres (15-20Kms), mon GBC (révisé avant de partir) tombe en panne. J’apprendrai plus tard que c’est l’embrayage qui a lâché. J’ai donc passé tout le trajet (environ 1000 kms) dans mon camion sur un porte-char dont les pneus ont éclaté à plusieurs reprises sous l’effet de la chaleur. Le trajet durera 2 jours.
Arrivé à C.R.K, je suis détaché au Service des Essences des Armées (S.E.A) qui se trouve à l’extérieur de la ville et à côté du dépôt de munitions. Après les présentations, on m’explique que j’aurais à ravitailler en essence et gasoil plusieurs points (camion des transmissions, batterie de crotale, boulangerie, etc…).
Nous devions préparer le gasoil et l’essence à partir du kérosène, fourni par l’Arabie Saoudite, en lui ajoutant un certain pourcentage d’huile. Le kérosène était stocké dans des bacs souples abrités par des murs de sables les entourant.
À la boulangerie, ils faisaient du bon pain et un légionnaire qui a fait mes tatouages pour pas cher.
Les tentes (couchages et commandement), la popote et la douche se trouvaient sur la partie haute du campement. Les containers servant au stockage des fûts d’huile et d’autres matériels étaient dans la partie basse (ce qui nous a valu quelques désagréments lors de fortes pluies mi-janvier 1991).
Une nuit où il y avait beaucoup plu, nous nous sommes retrouvés avec les containers dans environ 80-100 cm d’eau et une citerne de 30 000 litres de kérosène qui s’est enfoncée dans le sable soudainement ramolli par tant d’eau. Nous avons été obligés de la vider et de laisser le sable sécher quelques jours avant de pouvoir sortir la citerne de son piège.

Fin novembre, une note de service est arrivée annonçant mon passage au grade de Brigadier avec effet rétroactif au 1° novembre.
Décembre est passé relativement tranquillement malgré quelques exercices N-B-C qui nous sortaient d’une certaine routine puis le 14/12/1990, une équipe du S.I.R.P.A est venu filmer nos vœux à nos familles pour Noël et le Nouvel An (diffusion au moment des fêtes). On nous a dit qu’Eddy Mitchell viendrait faire un concert mais il a été annulé sous l’insistance des autorités saoudienne (enfin c’est ce qu’on nous a rapporté). Il en a fait un à Fréjus quand la Division a été rentrée. Comme j’étais de garde au régiment, je n’ai pas pu aller à ce concert.
Janvier a été un peu plus tendu car on voyait du matériel et des véhicules de toute nationalité partir vers la frontière irakienne pour attendre le début de l’offensive. Les consignes de sécurité ont été renforcées. Les exercices N-B-C étaient plus fréquents et plus stricts (T3P complète + masque), le tout sous un soleil de plomb.
À différentes occasions, j’ai ainsi pu voir différents avions et hélicos américains (Apaches, Cobras, Thunderbolt A10 « Warthog », etc…).
Quelques jours avant l’offensive proprement dite, nous avons commencé à voir les trainées blanches des B52 qui allaient vider leurs entrailles sur le territoire irakien.
Quand l’offensive a commencé, les consignes ont encore été renforcées !
Consignes de sécurité officielles en cas d’attaque avec véhicule :
1. 1 tir de sommation en l’air
2. 1 tir effectué au niveau du moteur
3. Tir en rafale de 3 coups sur le chauffeur du véhicule
4. Compte-rendu aux autorités
Consignes officieuses données par le Capitaine :
A. Tir sur le chauffeur de façon à stopper l’attaque le plus rapidement possible et avec le moins de dégâts pour le dépôt
B. Compte-rendu aux autorités
À peu près au même moment, un campement américain s’est installé à environ 600-700 mètres du nôtre.
Il avait en charge l’interception des Scuds qui partaient vers Riyad ou plus loin vers Israël. Une nuit où j’étais de garde, les américains ont commencé à hurler des ordres dans leurs haut-parleurs suivis 30 secondes plus tard de 2 gros bangs puis retour au silence de la nuit froide du désert. Le lendemain, nous avons appris qu’ils avaient descendu un Scud qui volait bas et serait probablement tombé sur la capitale saoudienne (ou pas loin).
Nous avons continué à faire notre boulot malgré les alertes, les tempêtes de sable, etc.
Un jour, on nous a réunis à côté de la tente de commandement pour nous dire que c’était fini.
Saddam Hussein était “à genou” et son armée en déroute. On allait rentrer en France.
Nous avons été parmi les derniers à partir car il fallait assurer des points de ravitaillement pour que la Division puisse retourner à Yanbu afin d’embarquer.
Pour ma part, j’ai embarqué à Yanbu le 25/04/1991. Il nous a fallu environ une semaine de bateau et un arrêt dans le canal de Suez pour payer la « taxe de passage » obligatoire (achats de babioles aux artisans égyptiens qui montaient dans le bateau) avant d’accoster à Toulon le 02/05/1991.
Le 03/05/1991 : retour au 6° R.C.S, réintégration de mon véhicule, du FAMAS, du paquetage suivi d’une visite médicale rapide et départ en permission pour 6 semaines à l’issue de toutes ces formalités.
Je n'ai pas eu l'honneur de défilé sur les Champs-Élysée le 14 juillet 1991. Devinez la réponse --> encore de garde au régiment 😜
Je profite de ce témoignage pour passer mes amicales salutations à tous les anciens de la Division Daguet.
Antony... Replier
Point de départ de cette guerre : l'invasion du Koweït par l'Irak à partir du 2 août 1990.
Départ des éléments du 6° R.C.S début septembre 1990 pour l’Arabie Saoudite après une préparation express des hommes (paquetages/armements) et du matériels (peinture sable des véhicules réalisée en un temps record). A ce moment-là, je suis 1° classe et en formation d’auxiliaire-sanitaire à Dinan dans les Côtes d’Armor. Fin de la formation au cours de la deuxième quinzaine de septembre.
En rentrant au régiment, je suis convoqué par mon commandant d’escadron pour faire un compte- rendu de ma formation puis il m’informe que je vais partir en Arabie Saoudite en renfort à une date non- définie et que je serais chauffeur P.L sur GBC 8KT citerne. Les semaines suivantes sont mises à profit pour me former à l’utilisation des citernes (utilisation, consignes de sécurité, etc…), à la conduite (le GBC étant en vitesse inversée et plus habitué aux « P4 ») car au 6° R.C.S, je suis circulateur (6° E.C.T, 1° peloton « circu ») et dernier week-end de 72H en famille avant le départ pour environ 6 mois.
Le 01/11/1990, je suis transféré avec paquetage et armement au 1° R.E.C de Laudun pour rejoindre une de leurs compagnies qui part pour le Golfe le 03 novembre vers 20 h de Marignane où il fait froid (baptême de l’air en Boeing 747) et un mistral à « décorner tous les cocus de la Terre ».
Nous arrivons à Djeddah le 04/11 vers 03 ou 04 h du matin (heure locale) et nous prenons un coup de massue en descendant de l’avion à cause de la chaleur humide et étouffante. Vers 08 h, nous montons dans les bus qui nous emmènent à Yanbu à 337 kms de Djeddah où nous percevront nos véhicules qui arrivent par bateau 2 ou 3 jours plus tard (délai utilisé pour s’adapter aux conditions climatiques locales).
Départ de Yanbu vers C.R.K (ou K.K.M.C suivant les préférences) le 07ou 08/11. Au bout de quelques kilomètres (15-20Kms), mon GBC (révisé avant de partir) tombe en panne. J’apprendrai plus tard que c’est l’embrayage qui a lâché. J’ai donc passé tout le trajet (environ 1000 kms) dans mon camion sur un porte-char dont les pneus ont éclaté à plusieurs reprises sous l’effet de la chaleur. Le trajet durera 2 jours.
Arrivé à C.R.K, je suis détaché au Service des Essences des Armées (S.E.A) qui se trouve à l’extérieur de la ville et à côté du dépôt de munitions. Après les présentations, on m’explique que j’aurais à ravitailler en essence et gasoil plusieurs points (camion des transmissions, batterie de crotale, boulangerie, etc…).
Nous devions préparer le gasoil et l’essence à partir du kérosène, fourni par l’Arabie Saoudite, en lui ajoutant un certain pourcentage d’huile. Le kérosène était stocké dans des bacs souples abrités par des murs de sables les entourant.
À la boulangerie, ils faisaient du bon pain et un légionnaire qui a fait mes tatouages pour pas cher.
Les tentes (couchages et commandement), la popote et la douche se trouvaient sur la partie haute du campement. Les containers servant au stockage des fûts d’huile et d’autres matériels étaient dans la partie basse (ce qui nous a valu quelques désagréments lors de fortes pluies mi-janvier 1991).
Une nuit où il y avait beaucoup plu, nous nous sommes retrouvés avec les containers dans environ 80-100 cm d’eau et une citerne de 30 000 litres de kérosène qui s’est enfoncée dans le sable soudainement ramolli par tant d’eau. Nous avons été obligés de la vider et de laisser le sable sécher quelques jours avant de pouvoir sortir la citerne de son piège.

Fin novembre, une note de service est arrivée annonçant mon passage au grade de Brigadier avec effet rétroactif au 1° novembre.
Décembre est passé relativement tranquillement malgré quelques exercices N-B-C qui nous sortaient d’une certaine routine puis le 14/12/1990, une équipe du S.I.R.P.A est venu filmer nos vœux à nos familles pour Noël et le Nouvel An (diffusion au moment des fêtes). On nous a dit qu’Eddy Mitchell viendrait faire un concert mais il a été annulé sous l’insistance des autorités saoudienne (enfin c’est ce qu’on nous a rapporté). Il en a fait un à Fréjus quand la Division a été rentrée. Comme j’étais de garde au régiment, je n’ai pas pu aller à ce concert.
Janvier a été un peu plus tendu car on voyait du matériel et des véhicules de toute nationalité partir vers la frontière irakienne pour attendre le début de l’offensive. Les consignes de sécurité ont été renforcées. Les exercices N-B-C étaient plus fréquents et plus stricts (T3P complète + masque), le tout sous un soleil de plomb.
À différentes occasions, j’ai ainsi pu voir différents avions et hélicos américains (Apaches, Cobras, Thunderbolt A10 « Warthog », etc…).
Quelques jours avant l’offensive proprement dite, nous avons commencé à voir les trainées blanches des B52 qui allaient vider leurs entrailles sur le territoire irakien.
Quand l’offensive a commencé, les consignes ont encore été renforcées !
Consignes de sécurité officielles en cas d’attaque avec véhicule :
1. 1 tir de sommation en l’air
2. 1 tir effectué au niveau du moteur
3. Tir en rafale de 3 coups sur le chauffeur du véhicule
4. Compte-rendu aux autorités
Consignes officieuses données par le Capitaine :
A. Tir sur le chauffeur de façon à stopper l’attaque le plus rapidement possible et avec le moins de dégâts pour le dépôt
B. Compte-rendu aux autorités
À peu près au même moment, un campement américain s’est installé à environ 600-700 mètres du nôtre.
Il avait en charge l’interception des Scuds qui partaient vers Riyad ou plus loin vers Israël. Une nuit où j’étais de garde, les américains ont commencé à hurler des ordres dans leurs haut-parleurs suivis 30 secondes plus tard de 2 gros bangs puis retour au silence de la nuit froide du désert. Le lendemain, nous avons appris qu’ils avaient descendu un Scud qui volait bas et serait probablement tombé sur la capitale saoudienne (ou pas loin).
Nous avons continué à faire notre boulot malgré les alertes, les tempêtes de sable, etc.
Un jour, on nous a réunis à côté de la tente de commandement pour nous dire que c’était fini.
Saddam Hussein était “à genou” et son armée en déroute. On allait rentrer en France.
Nous avons été parmi les derniers à partir car il fallait assurer des points de ravitaillement pour que la Division puisse retourner à Yanbu afin d’embarquer.
Pour ma part, j’ai embarqué à Yanbu le 25/04/1991. Il nous a fallu environ une semaine de bateau et un arrêt dans le canal de Suez pour payer la « taxe de passage » obligatoire (achats de babioles aux artisans égyptiens qui montaient dans le bateau) avant d’accoster à Toulon le 02/05/1991.
Le 03/05/1991 : retour au 6° R.C.S, réintégration de mon véhicule, du FAMAS, du paquetage suivi d’une visite médicale rapide et départ en permission pour 6 semaines à l’issue de toutes ces formalités.
Je n'ai pas eu l'honneur de défilé sur les Champs-Élysée le 14 juillet 1991. Devinez la réponse --> encore de garde au régiment 😜
Je profite de ce témoignage pour passer mes amicales salutations à tous les anciens de la Division Daguet.
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